Mobutu : le moindre mal

Les commentaires des Congolais, recueillis dans les rues ou dans les réseaux sociaux, à l’occasion du 20ème anniversaire de la disparition de Maréchal Mobutu Sese Seko ont donné une première indication claire : les ex-Zaïrois gardent toujours des souvenirs de leur ancien président, dictateur-mégalomane fut-il. La deuxième indication, pour le moins surprenante, est que la majorité des Congolais semblent regretter celui qui a régné en maître absolu et a détruit, durant ses 32 ans, les structures socio-économiques du pays. Sous Mobutu, l’ex-Congo Belge a quitté le statut d’un pays émergent, en 1960, pour toucher le bas-fond du Pays pauvre très endetté. Le Zaïre, c’était une terre parfaite où régnait la loi de la jungle : parti unique, corruption, enrichissement illicite des « Mouvanciers », tracasserie policière et militaire…
Mais curieusement, ce même peuple qui avait accueilli le 17 mai 1997, mouchoir blanche agitée en signe de libération, les « Kadogo » de l’Alliance des forces démocratique pour la libération (AFDL) qui avaient chassé Mobutu du pouvoir, semble embellir un passé pourtant noir. Ils oublient apparemment toutes les tares de la Deuxième République pour ne retenir que quelques points positifs : l’intégrité territoire, l’unité nationale, l’orgueil d’un géant au cœur de l’Afrique…
En réalité, c’est un peuple déçu par l’actuel régime qu’il croyait libérateur à tout point de vue. Pauvreté, chômage, corruption, enrichissement illicite et insolente d’une minorité au détriment du plus grand nombre, insécurité, tracasserie policière et administrative… Bref, toutes les tares de la Deuxième République, voire plus, ont eu la peau dure et restent le lot quotidien. Un Mobutu regretté aujourd’hui n’a rien à voir avec un souvenir positif de l’homme. Mais avec la déception créée par ceux qui ont écrasé le mobutisme avec l’arrogance de redonner le sourire à un peuple désabusé durant 32 ans. Malheureusement, ils n’ont contribué qu’à faire du Roi du Zaïre prophète dans sa phrase : « Après moi, c’est le déluge ».
Le déluge, c’est bien de vivre dans un semblant de démocratie. Le déluge, c’est ce que ce peuple privé d’élections depuis 2016 vit. Le déluge, c’est de se rendre finalement compte que le diable Mobutu était un moindre mal.

CN

 

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