UPC : Un ancien étudiant de Mabi recadre son ancien professeur !

Alors qu’on le croyait un dossier clos après l’intervention du Rectorat, c’est plutôt un nouveau rebondissement que l’on voit dans le feuilleton de la thèse du doctorant Augustin Matata Ponyo. Après la dernière lettre du Professeur Mabi Mulumba dans laquelle il semble égratigner le Recteur de l’Université Protestante au Congo (UPC), c’est au tour d’un ancien étudiant de cette même université de signer sa fracassante entrée dans ce débat politico-scientifique. Bruno Ilunga Mabika, c’est son nom. Statistique du rapport 2017 du Fonds Monétaire International (FMI) sous les aisselles, cet ancien étudiant devenu chercheur indépendant et travaillant sur les modèles BAM, lance une offensive contre son ancien Professeur.

Il estime que l’opinion publique en général et les intellectuels congolais en particulier ont été abusés dans cette affaire de faux scandale. En sa qualité de chercheur, il a assisté à la soutenance de thèse du Premier ministre honoraire et affirme « qu’aucune thèse rédigée en RDC par un Congolais n’a jamais autant réussi à faire un si bon mariage entre la théorie macroéconomique moderne, jusqu’à une modélisation empirique très soignée ».

Après avoir analysé les différentes correspondances rédigées ces derniers jours par le Prof Mabi et notamment ses écrits scientifiques, Bruno Ilunga Mabika arrive à une terrible conclusion : l’ancien dignitaire du régime de Mobutu est tout « sauf un bon économiste. » Et ce n’est pas tout ! « Vous êtes peut-être un bon théoricien, spécialiste dans l’interprétation des arrêtés ministériels, mais visiblement pas une élite économique capable », a-t-il encore asséné. Comme gestionnaire, Bruno Ilunga pense que ce Professeur, alors Premier ministre de janvier 1987 à mars 1988, a fait perdre du temps au pays. « L’histoire économique de la RDC parlera de vous comme une élite économique incapable ; rhétoricien et grand débatteur certes, mais incapable de maîtriser l’inflation en moyenne et en variance, incapable de contrôler la volatilité du taux de change, incapable de booster la croissance du PIB par habitant. Bref, un économiste incapable », tacle-t-il avec à l’appui des références du rapport de la Banque centrale du Congo (BCC). Congo Nouveau publie donc, ci-dessous, l’intégralité de cette lettre ouverte de l’ancien étudiant à son ancien Professeur.


Professeur MABI MULUMBA ou les vestiges de la vieille élite économique incapable : Je m’indigne !
Lettre ouverte

Monsieur le Professeur MABI, je suis votre ancien étudiant à l’UPC. J’ai lu toute la polémique que vous avez alimentée et entretenue dans les réseaux sociaux autour de la « logistique » dans la programmation de la soutenance publique de la thèse du docteur MATATA. Je parle bien de logistique, pas de contenu ou de l’exercice de soutenance lui-même. Parce que vous avez privé vos étudiants ainsi que l’opinion, qui vous considèrent comme l’un des grands économistes du pays, de votre esprit critique, de votre capacité analytique, votre science et tout votre savoir dans le débat de fond auquel une soutenance publique de thèse aurait donné lieu. Cela, d’autant qu’il me semble que cette thèse a tracé plusieurs voies de recherche future.

Je suis chercheur indépendant et travaille sur les modèles BAM. En cette qualité, j’ai assisté à la soutenance du Docteur MATATA. De mon point de vue, après avoir suivi sa soutenance publique, j’estime que tout économiste objectif devait le féliciter pour les pistes de recherche qu’il a ouvertes dans cette monographie. Au mieux de ma connaissance, jamais avant lui, au niveau du pays, une thèse avait réussi à faire un si bon mariage entre la théorie macroéconomique moderne, jusqu’à une modélisation empirique très soignée, et les questions institutionnelles au sens notamment de Acemoglu, Robinson et Fukuyama, avec en trame de fond la théorie d’état développeur.

A la place, Professeur, vous vous êtes érigé en juriste et spécialiste dans l’interprétation des arrêtés ministériels. Quelle déception pour nous ! Quelle indignation !

Toutefois, dans votre dernière lettre, à l’annexe 4, vous parlez enfin de gestion macroéconomique. Permettez-moi alors, Professeur, de m’inviter au débat, même si ce dernier débat aussi vous l’avez marchandé et rabaissé, avec des arguments ressortant en filigrane votre aveu d’échec et d’incapacité. En réalité, vos propos disent que vous avez été une élite économique incapable ! Rappelons que vous avez été Premier Ministre de janvier 1987 à mars 1988 .

Mais quel a été votre bilan juste au plan des indicateurs macroéconomiques, au plan de la stabilité du cadre macroéconomique ? Un échec. Vous êtes peut-être un bon théoricien, spécialiste dans l’interprétation des arrêtés ministériels, mais visiblement pas une élite économique capable. Allons aux chiffres .

De mes recherches, sous votre mandat, en 1987, le taux d’inflation, indicateur clé de capacité d’un gouvernement dans la gestion macroéconomique, a atteint 99,5% alors qu’il était à 32,8% en 1986 avant votre nomination. Vous aviez donc conduit l’économie nationale au bord de l’hyperinflation. Quelle incapacité, quel fiasco pour un savant de la théorie économique !

En outre, la croissance du PIB par habitant, indicateur socio-économique clé, est passé au rouge sous votre mandat pour se situer à -0,2% alors qu’elle était de 1,9% avant votre nomination.

Le taux de change s’est déprécié de 76% en 1987, venant de 27% une année avant, paupérisant ainsi la population. Là aussi, nous étions au bord de l’hyperdépréciation.

Comme gestionnaire, vous avez fait perdre du temps au pays Professeur. L’histoire économique de la RDC parlera de vous comme une élite économique incapable ; rhétoricien et grand débatteur certes, mais incapable de maîtriser l’inflation en moyenne et en variance, incapable de contrôler la volatilité du taux de change, incapable de booster la croissance du PIB par habitant. Bref, un économiste incapable.

C’est peut-être pour cette raison que vous supportez mal les très bons résultats économiques enregistrés par le pays entre 2010 et 2015. Résultats dont vous n’êtes pas auteur, ni de près ni de loin. Je comprends votre frustration. Mais, s’il vous plait, n’empêchez pas le pays d’avancer parce que vous vous avez échoué en votre temps.

Revenons au débat à présent de votre annexe 4. Vous êtes Professeur d’économie, vous devez être clair et expliquer à vos étudiants que vous parlez du budget voté qui est généralement différent du budget exécuté, mais aussi leur expliquer que vous faites une analyse statique et non dynamique. Même si tout analyste sérieux sait qu’une bonne analyse est dynamique.
En effet, en rapprochant les recettes effectivement mobilisées d’un exercice à un autre entre 2010 et 2012, on note un accroissement moyen de 30% l’an (BCC, Rapport annuel 2014, p. 90), soit un doublement des recettes pratiquement en 3 ans, dès 2013, les recettes mobilisées étant passées de CDF 2.294 milliards à fin 2010 à CDF 4.122 milliards en 2013. Il n’est donc pas honnête d’enseigner à vos étudiants que rien ne s’est passé au cours de cette période.
Ensuite, vous jouez avec les concepts de « marge de trésorerie » et de « solde budgétaire ». Non Professeur, n’allez pas si bas. Ces notions sont si élémentaires. Mais avant d’aller loin, observons ensemble cette annexe statistique extraite du rapport du FMI intitulé « Perspectives économiques régionales, Afrique subsaharienne, octobre 2017 », page 89.
Professeur MABI, le FMI parle bien de solde budgétaire et il est positif en RDC entre 2012 et 2016, pendant qu’il est négatif dans la majorité des pays de l’échantillon de ce tableau. Même si l’on considère le solde budgétaire hors dons, à la page 90 du même rapport, il est positif en 2013 en RDC. Il ressort qu’affirmer que le solde budgétaire en RDC a été positif n’est pas un langage abusif.
A présent, que signifie « marge de trésorerie » ? Cette notion renvoie simplement à un solde résultant de l’exécution du plan de trésorerie de l’Etat (PTR), instrument permettant de réguler la trésorerie de l’Etat. Mais jamais, vous ne retrouverez cette notion dans une annexe statistique sur les finances publiques. En résumé, il n’y a pas d’amalgame possible cher Professeur.
Enfin, Professeur, « engager le pays sur la voie de l’émergence » et « considérer la RDC comme une économie émergente » sont deux choses très différentes. Vous voulez créer une confusion sémantique qui n’existe pas et cela est indigne. Si les propos dont vous vous êtes fait rapporteur sont authentiques, nous lisons tous qu’on parle bien « d’engager le pays sur la voie de l’émergence » et NON « d’avoir fait de la RDC une économie émergente ». J’estime, pour ma part, ayant lu l’histoire économique de la Chine, de l’Inde et de la Malaisie, qu’après avoir engagé l’économie de la RDC dans une phase de croissance de 8% en moyenne annuelle entre 2012 et 2015 sur fond d’une inflation moyenne de 1,4% l’an au cours de la même période, le pays s’est mis en voie de l’émergence d’ici à un horizon devant être fixé en fonction de notre ambition en tant que pays, à condition de préserver les acquis.
Cher Professeur, s’il y a un conseil que je peux vous prodiguer en tant que votre ancien étudiant, c’est vous recommander, lorsque vous engagez un débat sur l’émergence ou la classification des pays selon leur revenu, s’il vous plait, pour édifier vos étudiants, de leur expliquer que cette classification porte sur le revenu national brut par habitant (RNB/H) calculé selon la méthode Atlas . Votre référence à la structure du PIB est un piètre soubassement à cette analyse. Tout économiste sérieux le sait.
Telle est la substance de ma lettre ouverte.
Kinshasa, le 22 février 2018
Votre étudiant,
Bruno Ilunga Mabika

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