Le PALU écartelé entre sa base et la MP

C’est la confusion totale au Parti Lumumbiste Unifié (Palu). Exclu pour une durée d’une année, le Se-crétaire Permanent et porte-parole du parti, Wolf Kimasa refuse de céder son poste. Pour une pre-mière fois dans l’histoire de ce parti, le numéro deux qui assure la gestion quotidienne conteste la décision du Secrétaire Général. Pour Wolf Kimasa, le document signé le 1er mai 2018 à Bruxelles par Antoine Gizenga serait un faux. Face à cette cacophonie, l’on est tenté de croire qu’on tend tout droit vers l’éclatement de cette formation politique et qu’avant de se prendre son repos éternel, le Pa-triarche aura assisté à la guerre entre ses généraux pour sa succession.

Donné pour mort à plusieurs reprises ces derniers jours, c’est finalement à travers un communiqué portant exclusion temporaire de son Secrétaire Permanent que le Chef du Palu a donné un signe de vie. Depuis Bruxelles où il s’est rendu pour des soins médicaux que le patriarche Antoine Gizenga a annoncé sa rupture avec celui qu’il avait nommé en mars dernier.
Dans sa décision n°PL/SGCP/BXL/007/2018, il n’a pas fait mention de la raison de cette punition, laissant libre court à toutes les spéculations. « Le Premier Secrétaire Permanent Adjoint chargé de la coordina-tion de la Commission des conseillers généraux aux questions administratives et juridiques, Ngabu Syl-vain, assure les fonctions du Secrétaire Permanent et Porte-Parole du parti jusqu’à nouvel ordre », y lit-on.

L’exclu conteste
En réaction, l’intéressé crie à une cabale et conteste cette décision qui selon lui, n’a été ni prise, ni si-gnée par Antoine Gizenga. « Ce document est un faux, puisque comme tout le monde le sait, le Secré-taire Général et Chef du parti est actuellement à l’étranger pour des soins médicaux. Il est impensable que sur le lit d’hôpital, qu’il puisse avoir le temps de lire et d’analyser les documents pour prendre une décision d’une telle portée politique », a-t-il protesté.
Poussant sa réflexion plus loin, il avance que ce document n’a aucune valeur juridique. « A supposer même que ce document aurait signé par le camarade Patriarche Antoine Gizenga, un document signé dans ces conditions de santé, n’aurait aucune valeur juridique, puisque dans cette situation, on se trouverait dans le cas d’un abus de faiblesse », a-t-il poursuivi.
Cet argument est loin de convaincre bon nombre d’analystes du fait que sa nomination en tant Secré-taire Permanent avait été prise par un Antoine Gizenga malade et cloué chez lui à la maison. « Dire que c’est un abus de faiblesse revient à affirmer que sa nomination n’est pas juridiquement fondée car elle aussi a été décidée dans des conditions presque similaire », analyse un observateur.

De la rupture dans la rupture
Alors qu’il incarnait une ligne moins dure du parti face à la tendance de plus en plus récurrente de cer-tains cadres qui soutiennent la rupture de l’alliance ou mieux, de l’«amitié» avec la Majorité Présiden-tielle, Wolf Kimasa était, jusqu’à l’annonce de sa destitution, dans une position inconfortable.
Nommé dans un contexte marqué par les tractations au sein de la classe politique congolaise en vue de la constitution des regroupements politiques pour affronter les échéances électorales, il devrait con-duire le Palu à la victoire à tous les niveaux.
Pour ce faire, sa première tâche a été d’unir toutes les tendances d’une part et de l’autre, constituer un véritablement regroupement politique capable de remporter le plus des sièges possibles à l’Assemblée nationale et dans les Assemblées provinciales et surtout de conduire le candidat du Palu à la présidentielle à une victoire.

Le Palu vendu à la MP ?
Mais selon des sources internes, il se serait comporté en envoyé spécial d’un haut cadre de la MP au sein du Palu, lequel cadre verrait à ce parti un adversaire dans son propre fief électoral. « Il connait bien que le Patriarche tient à ce que le Palu présente des candidats à tous les niveaux, même à la présiden-tielle. C’est lui-même qui avait lu la déclaration dans laquelle Antoine Gizenga avait officiellement rap-pelé à Joseph Kabila et à sa famille politique de respecter les engagements pris à 2006. Mais Wolf n’a rien fait qui indique qu’il soutient cette position pourtant légitime. Au contraire, il s’est illustré par une complicité suspecte avec certains cadres de la Majorité présidentielle, allant jusqu’à participer à des réunions au cours desquelles notre parti a été trainé dans la boue », signale un cadre du Palu.
Par ailleurs, au-delà d’une affaire de destitution contestée, la protestation de Wolf Kimasa étale au grand jour un réel malaise qui règne au Palu au sujet de l’héritage politique d’Antoine Gizenga.
Affaibli par la force de l’âge, le patriarche du Kwilu devrait en principe préparer la relève mais, selon toute vraisemblance, ses choix opérés ces dernières années indiquent qu’il se soucie peu de son héri-tage. C’est ainsi que des cadres autrefois présentés comme probables successeurs ont été écartés du bureau politique à l’instar de surtout d’Adolphe Muzito, adoubé par la base et d’autres partis pour por-ter le drapeau du Palu à la prochaine présidentielle.

Jean Dende

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