Double nationalité de Katumbi: Thambwe Mwamba ouvre la boite de Pandore 

Le ministre de la Justice a étrangement ramené la question de la double nationalité sur la table. Il a évoqué la nationalité italienne de Moïse Katumbi qui ne lui permet pas d’être candidat à la présidentielle. Du coup, les exemples partent dans tous les sens et sans épargner son propre camp politique.

C’est une pluie de réactions qui tombe depuis qu’Alexis Thambwe Mwamba, ministre de la Justice et garde des Sceaux, a déballé le dossier pourtant sensible sur la double nationalité. Dans une interview accordée à RFI, le ministre de la Justice a indiqué que ce ne sont pas seulement les dossiers judiciaires qui empêcheraient M. Moïse Katumbi de se présenter à l’élection présidentielle. « Mais, monsieur Moïse Katumbi a un empêchement qui est d’ordre constitutionnel. Et l’article 10 de la Constitution, qui dit que quiconque a pris une nationalité étrangère a perdu la nationalité congolaise. Et aujourd’hui, d’après les données que nous avons, il a pris la nationalité étrangère. C’est ça le problème qu’il a. », a-t-il soulevé.
Hier, jeudi 22 juin, dans une certaine presse locale, une fiche d’identité du dernier gouverneur de l’ex-Katanga a circulé. Document dans lequel on pouvait notamment lire : « Moïse Katumbi était déjà détenteur du passeport italien n° Y149373, avec lequel il avait sollicité, le 15 juillet 2003, un visa d’établissement permanent auprès du service d’immigration de la RDC (Direction Générale de Migration) qui le lui avait accordé le 17 juillet 2003 sous le n° 03202/035573/DGM/03 ».
Ce sujet a été longtemps qualifié de « sensible » à cause du nombre vertigineux de personnalités politiques aussi bien de la Majorité présidentielle que de l’opposition qui détiennent la double nationalité.

L’effet boomerang !       
En lançant cette nouvelle offensive contre Katumbi, le ministre de la Justice s’entendait-il à l’effet boomerang ? Certainement oui. Mais il pourrait, peut-être, compter sur l’incapacité de quiconque parmi les détracteurs de Joseph Kabila à déceler la moindre double nationalité dans les rangs de la Majorité présidentielle.
Pourtant, en moins de 24 heures de l’interview de Thambwe Mwamba, des réactions ont fusé de partout. Et la boite de Pandore a ainsi été ouverte : « Vous savez que nos amis, dans la manipulation et la falsification, ils sont passés maitre », a déclaré Pierre Lumbi, président du G7 et ancien Conseiller de Joseph Kabila en matière de sécurité. Avant de lâcher cette flèche: « Katumbi n’a pas la double nationalité et nous le prouverons. Il est même beaucoup plus Congolais que d’autres que nous connaissons… ».
Du coup, le débat sur la double nationalité pourtant mis au frais à l’Assemblée nationale en 2008 – suite à un moratoire – se relance de plus bel. Suspendant ainsi toute une République à des questions liées aux individus.
«(…) Donc, le PPRD nous a aligné en 2006 un Italien aux législatives; toute la CEI [Commission électorale indépendante, Ndlr] de l’époque doit être poursuivie… Le PPRD a placé à la tête du Katanga un Italien! Et que fait-on de Beya Siku nommé ambassadeur à Bruxelles, et que les Belges n’ont pas accepté, car c’est un sujet belge! », s’est exclamé un journaliste au cours d’un débat télévisé. Avant d’enchainer ceci : « Et Samy Badibanga ? [nommé Premier ministre par Joseph Kabila alors qu’il détenait la nationalité belge] Membre du MLC à l’époque, Alex Kande est dénoncé par Lambert Mende pour sa double nationalité; plus tard membre de la Majorité, il a été présenté comme candidat gouverneur de cette même Majorité… Qui se souvient de ce député MLC qui a été arrêté à Kigali comme citoyen rwandais?», balance-t-il au cours de l’émission «Kiosque» sur CCTV.

Justice à double vitesse…
Beaucoup de Congolais entrevoient dans la démarche de Thambwe Mwamba une espèce d’acharnement sur un seul individu alors que le cas des « binationaux » touche également des politiciens de l’actuelle Majorité présidentielle. « Vraiment, l’on est désormais loin de l’époque où Moïse Katumbi était le député le mieux élu de la République, ce gouverneur modèle auprès de qui tous ses collègues des quatre coins du pays, allaient en stage… Loin de l’époque où, à l’occasion d’une finale du TP Mazembe en Coupes africaines, la moitié des cadres du PPRD prenait d’assaut les tribunes du stade lushois… Loin de l’époque où tous rentraient de la ville cuprifère avec des enveloppes en kaki estampillées «De la part du chairman»… Loin de l’époque où Katumbi et Muyambo se rentraient dedans à travers des correspondances sentant le soufre, et que Kinshasa choisissait de donner Dieu au premier sans confession… », rappelle un analyste sur sa page facebook.
Le nouveau dossier « Katumbi » pourrait en cacher ou en rappeler d’autres, voire plus inconfortables.

CN

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