Dokolo: les risques d’un mouvement « virtuel »

Habité depuis fin 2016 par le souci de faire changer les choses dans son pays, Sindika Dokolo – 45 ans – a lancé jeudi 10 août 2017, un mouvement citoyen dénommé : « Les Congolais débout ». Seulement, le fils de feu Augustin Dokolo Sanu a, comme bien d’autres opposants au régime de Kabila, une condamnation judiciaire derrière lui. Ce qui l’astreint à combattre à distance et via les réseaux sociaux. Une bataille qui risque de rester essentiellement virtuelle sans effet escompté sur le terrain.

C’est sans surprise pour des Congolais qui lisent régulièrement ses tweets sur les réseaux sociaux. Sindika Dokolo, gendre du président angolais Eduardo Dos Santos, a finalement décidé de donner une forme à un combat qu’il mène activement depuis près d’une année. Un peu à la « Macron », l’homme d’affaire congolais et collectionneur d’environ 3000 œuvres d’art a lancé, depuis Londres, le mouvement citoyen : « Les Congolais débout ».
Ce concept de « mouvement citoyen » n’est pas du tout nouveau dans la sphère congolaise. Déjà, dans la lutte contre le dépassement du délai constitutionnel du mandat présidentiel de Joseph Kabila, ce type de mouvements avaient vu le jour avec la Lucha (Lutte pour le changement) à Goma (Nord-Kivu) et Filimbi (sifflet en swahili) à Kinshasa. Mais les deux organisations n’ont toujours pas rencontré un succès absolu, malgré leur détermination et courage. Cela, à cause justement de la restriction, par le régime, des libertés de manifestation. C’est dans ce contexte que vient s’ajouter cet autre mouvement né à l’étranger.
La plus grande faiblesse de cette organisation, risque d’être l’éloignement de son géniteur du théâtre politique congolais. Déjà, Sindika Dokolo vit à l’étranger depuis de bonnes années. Il n’est pas non plus connu du grand public en RDC, contrairement à Moïse Katumbi.
Et, en dehors de trois millions de Congolais qui ont accès à Internet et qui peuvent le suivre sur les réseaux sociaux, l’époux d’Isabel dos Santos reste cependant un « ovni » politique pour environ 77 millions d’autres. Des jeunes congolais nés sous le régime Kabila n’ayant pas accès aux réseaux sociaux et qui n’ont pas non plus connu la gloire de son père sous Maréchal Mobutu pourraient avoir du mal à le connaitre.
Ce déficit de notoriété auprès des masses congolaises ne pourra être comblé que si Dokolo fils mène des actions de terrain, à l’instar de Martin Fayulu et d’autres opposants congolais. Sauf que l’homme est aussi, comme plusieurs opposants, dans le collimateur du régime de Kinshasa. Il a été avec son frère condamné à 12 mois de prison pour faux et usage de faux dans une affaire de conflit parcellaire. Mais la réplique du fils Dokolo ne s’était pas fait attendre : c’est une condamnation « injuste et infondée, sur la forme comme sur le fond, avait-il dit, en juillet dernier.
L’antiquaire d’œuvres d’art avait même évoqué une condamnation politique avant d’assener ceci sur les antennes de RFI : « On [le régime] n’essaie même plus de sauver les apparences… j’ai l’impression que monsieur Kabila a pris exemple sur son voisin monsieur Nkurunziza, dans le cadre de sa stratégie de rester au pouvoir éternellement. Comme ma Constitution m’y invite, j’ai décidé de faire ce que je pouvais pour lui faire barrage…» Un barrage difficile à faire quand on est contraint à rester loin du théâtre du combat politique. Moïse Katumbi Chapwe – dans son exil forcé – en souffre énormément, même s’il s’est déjà fait un nom dans le microcosme politique congolais. Ce qui risque de réduire ce mouvement uniquement sur plan virtuel.
Bien que dans la vidéo de lancement du mouvement, Cédric Mala – un des coordonnateurs de la structure – parle de manifestations de terrain après une étape de conscientisation, ce travail risque de se faire en solo et sans moyens efficaces pour obtenir les effets escomptés.
Face à la répression et la restriction des libertés que proposent la « Kabilie », seule une synergie de toutes les couches acquises au changement pourrait faire reculer un régime qui tient carrément le processus électoral en apnée.
CN

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WhatsApp chat