ESU : les nouveaux comités de gestion relèveront-ils le défi ?

Depuis sa nomination, le Ministre de tutelle, Théophile Mbemba s’est illustré par deux décisions majeures portant, d’une part, la suspension des certains établissements d’enseignement supérieur jugés non conformes et d’autre part, la désignation de nouveaux membres des comités de gestion des universités et instituts supérieurs publics éparpillés à travers le pays.
Les effets de cette dernière décision se font déjà ressentir dans certaines universités de Kinshasa. En effet, les nouveaux membres des comités de gestion tentent d’imprimer leur marque en prenant une série de mesures de nature à améliorer la qualité de l’enseignement. Au nombre de ces mesures, celle portant l’instauration des cours du lundi au samedi notamment à l’Université pédagogique nationale(UPN).
Dans ce dernier établissement, la plupart des professeurs ne cachent pas leur détermination à accompagner le nouveau recteur, le professeur Pèlerin Kimuanga dans son engagement pour l’amélioration des conditions des études et de la qualité des enseignements.
Cet engagement à assurer de l’ordre est affiché par la quasi-totalité de nouveaux gestionnaires qui entendent, par-là, imposer une nouvelle vision.
Dans d’autres universités du pays, en revanche, certains gestionnaires veulent tout détruire pour reconstruire de nouveau. C’est le cas des choix opérés par le recteur de l’Université de Lodja, dans la province de Sankuru, le professeur Oyangandji Dimandja qui est accusé d’avoir nommé certains assistants non qualifiés à des postes de responsabilité.

Une équation compliquée
Le vent de la réforme qui semble souffler actuellement avec force à l’enseignement supérieur congolais tombe au moment opportun, mais risque de rater son cible. Longtemps fustigées pour leur manque de compétitivité, les universités congolaises sont à la recherche, depuis des décennies d’années, des solutions adaptées aux problèmes qui les rongent. Beaucoup de chercheurs indépendants ont mené des études dans ce domaine et ont proposé entre autres solutions, de réguler les flux d’entrées dans le supérieur, de limiter la durée de séjour des étudiants dans le système et la promotion de l’enseignement supérieur privé.
Sans mener aucune importante réforme allant dans ce sens, Théophile Mbemba s’est contenté de donner des instructions aux universités, sans mettre en place un dispositif de suivi. « Du déjà entendu », rétorque un professeur de l’Université de Kinshasa qui ne croit pas vaille que vaille au changement soudain.
« On ne peut pas changer quelque chose sans une réelle volonté de le changer. Soit on veut du changement, soit on en veut pas. On ne peut parler de la qualité de l’enseignement quand des professeurs croupissent dans la misère. Les nouveaux comités de gestion ont été mis en place au début de l’année académique, mais le constat est resté le même dans beaucoup d’instituts supérieurs et universités. Le surnombre des étudiants dans les auditoires ne permet pas aux enseignants de bien faire leur travail et curieusement, rien n’est fait pour mettre fin à ce phénomène », explique-t-il.
Pour améliorer la qualité de l’enseignement, certains experts préconisent la création d’une autorité nationale d’assurance de la qualité de l’enseignement supérieur qui sera chargée des accréditations des programmes. « En principe, les étudiants issus d’une même filière devraient avoir au moins des connaissances de base dans leurs matières de base quels que soient leurs universités. Mais, nous constatons que dans notre système universitaire, il y a un tel libéralisme qui permet aux universités de se choisir leurs propres programmes d’enseignement même quand ceux-ci ne sont pas adaptés aux réalités du monde actuel », explique Arthur Yenga, expert en communication et consultant à l’Union européenne.
D’autre part, dans le but d’apporter des réponses durables et efficaces aux problèmes structurels et aux défis auxquels fait face l’enseignement supérieur, il est impérieux, de l’avis de certains experts, d’organiser une concertation nationale sur l’avenir de l’enseignement supérieur en République démocratique du Congo. Mais au stade actuel, l’on se contente d’apprécier les « effets positifs » de nouvelles dispositions mises en place dans certaines universités.
Principaux bénéficiaires de ces mesures, les étudiants sont appelés à les apprécier à leur juste valeur et à fournir des efforts pour faciliter la tâche aux nouveaux comités de gestion de leurs établissements respectifs.

R. Djanya

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