Dans son exposé du samedi 1er octobre devant les participants au dialogue, le président de la centrale électorale a fait une démonstration qui renvoie la tenue des élections en novembre 2018. Ce qui est vu comme une énième façon pour cette institution de proposer une pièce de rechange aux calculs de la Majorité présidentielle.

CENI-MP : deux corps, un esprit
« …Je ne me rappelle pas avoir déjà vu la Majorité présidentielle et la CENI s’opposer sérieusement ! Souvent, certains ténors de la mouvance présidentielle m’ont même donné l’impression d’être à la tête de la centrale électorale, expliquant les difficultés de celle-ci comme Einstein expliquerait sa théorie de la relativité… Toujours, la main dans la main, ils émettent sur une même longueur d’ondes ! Déjà cousue de fil blanc, cette collusion entre les deux entités a désormais l’usage de la parole ! Et elle parlera encore plus fort demain, car elle devra rendre ‘’techniquement’’ élastique tout délai pour la tenue du scrutin présidentiel… », commente à sa manière un internaute congolais sur sa page Facebook. Ce, après l’intervention, samedi 1er octobre à la Cité de l’UA devant les participants au dialogue, du président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).Corneille Nangaa, dans sa démonstration, a projeté la tenue de la présidentielle couplée aux législatives et aux provinciales en novembre 2018. Après la fin des opérations d’enrôlement des électeurs, il faudra, selon le successeur de feu abbé Malumalu, patienter encore pendant 504 jours. Ce temps serait consacré aux opérations suivantes : répartition des sièges par circonscription, inscription des candidatures, commande, production et livraison des « matériels sensibles », déploiement du matériel, recrutement, formation et déploiement des agents électoraux avant le jour du vote.
Pièce de rechange
S’il y a un camp qui peut se réjouir de cette projection de Nangaa qui repousse à deux ans la présidentielle, c’est bel et bien la Majorité présidentielle. A défaut d’obtenir, comme elle a soutenu lors de ce dialogue, la séquence électorale commençant par les locales et renvoyant la présidentielle en dernier lieu, la famille politique du chef de l’Etat vient d’obtenir l’élasticité de la tenue des trois scrutins dont la présidentielle auprès de la centrale électorale. « Et ce n’est pas la première fois que la CENI joue ce rôle de pièce de rechange aux ambitions du régime en place », remarque un analyste.
Alors que la Constitution l’oblige à convoquer la présidentielle trois mois avant la fin du mandat du président en fonction, cette institution électorale ne l’a pas fait. Cet échec a été même à la base des violences qui ont endeuillé Kinshasa le 19 et 20 septembre dernier.
En janvier 2015, la rue, après des émeutes sanglants, avait barré la route à l’alinéa contenu dans le projet de loi électorale proposé par le gouvernement qui conditionnait la tenue des élections au recensement général de la population (opération qui peut durer au moins 5 ans). Là encore, ce que le pouvoir n’a pas obtenu via l’ONIP (Office national d’identification de la population), resté muette depuis, est sur le point de l’obtenir auprès d’une CENI qui prend tout son temps pour accomplir sa mission.
Si durant cinq ans, l’institution dirigée par Nangaa n’a pas été en mesure d’organiser les élections selon la Constitution, bien aidé par un gouvernement qui avait bloqué tout financement, il est hasardeux de croire que, même en novembre 2018, elle ouvrira effectivement les bureaux de vote pour les Congolais conformément à un simple accord politique qui n’a aucune valeur juridique.
Katz
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