SOKIMO S.A. : le Conseil d’administration sommé à la démission

L’étau se resserre autour du Conseil d’administration de la Société minière de Kilo Moto (Sokimo s. a). La quasi-totalité de services de cette entreprise du portefeuille de l’Etat tournent au ralenti et la situation devient grave. Louise Munga, ministre du Portefeuille et Martin Kabwelulu, ministre des Mines, sont appelés à agir d’urgence pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore.

Même le premier-venu va constater que la situation générale de cette société est plus que catastrophique. Le personnel est abandonné à son triste sort et par les dirigeants de l’entreprise, et par l’Etat propriétaire. Alignant plusieurs mois d’arriérés de salaires, bon nombre d’entre eux sont dans un chômage déguisé dans tous les sites d’exploitation. De Nizi à Watsa en passant par la direction générale de Kinshasa, le site d’exploitation de Kisangani, Bunia, Kerekere et Assada, le constat reste désolant. C’est la cessation des activités dans l’indifférence complice et étonnante du Conseil d’Administration en place depuis une année.

Face à cette situation qui fâche, les travailleurs de la SOKIMO exigent la démission pure et simple de ce comité qui, de leur point de vue, a failli à ses responsabilités.

De l’avis de certains directeurs et autres cadres de la SOKIMO, l’actuel conseil d’administration excelle dans de querelles, des velléités et des tiraillements internes. « Jamais le conseil d’administration n’a réussi à se mettre d’accord autour d’un sujet d’intérêt général de la société. Plus d’une fois la Présidente s’est retrouvée seule contre tous, allant même jusqu’à refuser d’apposer sa signature sur des documents importants qui engagent la responsabilité de la société », témoigne un cadre.

Le directeur général est lui aussi accusé de manque d’initiatives et par conséquent, il est sommé par les travailleurs, à agir faute de quoi, il sera appelé à rendre le tablier. « La faute revient également au directeur général qui ne sait faire valider un point de vue faute de réunir la majorité autour de lui. Conséquence de tout cela, voilà une année entière depuis sa mise en place sans que le conseil n’ait défini ou mis sur pied un programme d’activités claire qui peut rassurer les travailleurs, et même l’Etat propriétaire sur la marche à suivre pour relancer les activités de la société », vocifère un travailleur de la SOKIMO. A l’en croire, la situation est si confuse qu’actuellement ce sont les administrateurs qui ont décidé de prendre le devant, sûrement révoltés par la léthargie et l’immobilisme exagérés de leurs compères dont la PCA et le DG, pour convoquer le conseil d’administration afin d’examiner les états financiers de l’exercice passé.

D’autre part, la SOKIMO se trouve très largement en retard par rapport à cette exigence de la loi (OHADA), la PCA et le DG ayant boycotté l’appel des administrateurs.

Le conseil d’administration n’a non plus pas réussi, une année après, à dresser un état des lieux fiable de l’entreprise, car il n’a jamais visité les deux principaux sièges d’exploitation, à savoir KILO et MOTO pour se faire une meilleure idée de la situation de l’entreprise. Ce, malgré tous les moyens financiers qu’il a eu à gérer pendant cette période. Le conseil procède ni plus ni moins à une gestion au quotidien, sans aucune perspective d’avenir. Et d’ailleurs les voix se lèvent de plus en plus à Watsa qui se trouve être le fief même du DG KODRAVELE, du fait que depuis sa prise de fonction officielle à la tête de la SOKIMO, il n’a jamais rendu une visite officielle de travail avec la PCA. Si bien qu’aujourd’hui les travailleurs de Watsa doutent sur ce manque d’intérêt. Certaines langues se demandent même si le Conseil d’Administration n’aurait pas déjà vendu le gisement de KIBALI SUD, car plus personne n’en parle !

Au chapitre de conflits, tout l’Ituri et particulièrement les travailleurs de la SOKIMO KILO ont beaucoup commenté le feuilleton de madame la PCA de SOKIMO à Bunia. Selon plusieurs sources c’était une véritable rupture.

L’on apprend que pour sa première visite en Ituri sur fonds propre de la SOKIMO, la PCA de la SOKIMO a surpris tout le monde en choisissant de loger et d’être prise en charge complètement par CNRMEDEA, une société qui négocie une jointe venture avec SOKIMO.

En effet, dès le lendemain de son arrivée à Bunia, elle se serait désolidarisée avec KODRAVELE et aurait effectué, accompagnée des experts de cnrmedea, une visite du site 5110 de SOKIMO et cela a bord d’un avion hélicoptère pris en location par cnrmedea. Comme si cela ne suffisait pas, elle aurait, pour regagner Kinshasa, préféré les services de ses partenaires abandonnant ainsi derrière elle à Bunia le DG et autres membres de sa propre délégation.

Cela a été à la surprise et à l’étonnement général des travailleurs de sokimo à bunia et bien entendu de tous les observateurs qui n’avaient hésité de parler de la disparition imminente de la SOKIMO.

Dès lors, l’opinion se pose et avec raison, la question de savoir ce que l’on peut encore attendre de ce conseil d’administration caractérisé par un climat chargé en permanence de conflit et de méfiance entre les administrateurs. Des observateurs estiment que ce conseil d’administration s’est déjà neutralisé !

Absence de vision et manque d’initiatives

Les travailleurs de la SOKIMO se plaignent de l’absence de vision sur les possibilités de la relance de l’entreprise et critique le choix du conseil d’administration, qui pour de raisons non encore élucidées, s’est choisi un pré carré des directeurs avec lesquels il travaille, laissant pour compte la majorité de directeurs compétents qui pourraient probablement apporter un plus à la recherche des solutions pour la relance de l’entreprise.

Les travailleurs de SOKIMO soutiennent à l’unanimité que c’est à cause justement du manque de vision et d’initiatives de leur Conseil d’Administration que ce dernier a cherché et tente encore aujourd’hui de céder à la jointe venture le tout dernier périmètre de SOKIMO, à savoir le PE 5110, qui couvre la région de NIZI et une partie de BAMBU.

Le Ministre des Mines, Martin KABWELULU, s’est lui-même et de manière publique et solennelle, levé lors de sa dernière visite au siège d’exploitation de la SOKIMO à KILO (ITURI), pour décourager le conseil d’administration de la SOKIMO dans cette tentative de céder le PE 5110 à une quelconque jointe venture. Pour cause, ce périmètre est effectivement le tout petit et tout dernier où la SOKIMO peut encore développer un projet qui lui soit propre et ainsi continuer à défendre son identité en tant qu’entreprise minière producteur de l’or.

Citant nommément sa collègue du Portefeuille, Louise MUNGA MESOZI, le Ministre des Mines a ainsi clairement fait savoir au conseil d’administration de la SOKIMO, ainsi qu’à tous les notables de l’ITURI et aux députés nationaux et provinciaux ainsi qu’à l’exécutif provincial de l’ITURI, qu’ils ont conclu, après réunions et échanges des vues, qu’il n’est pas opportun, moins encore profitable à la SOKIMO et au Gouvernement de signer une quelconque jointe venture sur 5110. Car, la SOKIMO, en tant qu’entreprise du Portefeuille de l’Etat congolais dont la raison sociale est l’exploitation minière, doit demeurer et ne pas disparaitre.

Cette déclaration du ministre Martin KABWELULU venait en totale contradiction et opposition à la position publiquement affichée de la PCA de SOKIMO qui avait dès le départ, pris faits et cause en faveur de la jointe venture en affichant ainsi clairement, son manque d’attachement à l’avenir de SOKIMO.

Par ailleurs, les travailleurs de SOKIMO, les notabilités de la nouvelle province de l’ITURI, loin d’être contre toute idée de jointe venture demandaient simplement au Conseil d’administration de la SOKIMO de pouvoir d’abord faire un examen minutieux de toutes les jointures déjà signées, afin de mettre en évidence les dividendes que la SOKIMO y retire en termes des gains concrets et réels avant de signer d’autres, qui ne serviraient peut-être encore à rien. Sinon, cela s’apparenterait au gaspillage des ressources dont le pays a pourtant tant besoin pour amorcer son développement.

Faut-il mettre la clé sur le paillasson ?

Les travailleurs de la SOKIMO répondent courageusement par la négative. En tout cas, si le conseil d’administration de cette entreprise souffrait de carences d’idées et d’initiatives à cause de leur conflit et méfiance interminables, les travailleurs de la SOKIMO eux, se disent encore optimistes par rapport aux chances de voir leur entreprise se relancer. Et comment ?

Si Jeanine MABUNDA, alors Ministre du Portefeuille, avait en son temps vendu 20% des parts de SOKIMO à KIBALI pour des besoins économiques du Gouvernement de la République, qu’est ce qui empêche que la SOKIMO puisse vendre aujourd’hui, dans une sorte OPA, 5% de ses parts dans le but précis de régler ses problèmes de trésorerie et d’investissement s’interrogent les travailleurs de SOKIMO.

Aux dires des travailleurs, cette démarche vaut mille fois mieux et ne comporte aucun risque que de céder le PE 5110 à une jointe venture, dans un contrat qui du reste serait léonin.

Ils affirment que si c’est la compétence qui fait défaut au niveau des dirigeants actuels de SOKIMO, ils sont prêts à solliciter l’expertise de Jeanine MABUNDA notamment pour l’élaboration d’un montage financier cohérent. A défaut, d’autres experts de la Banque Centrale ou du COPIREP pourraient bien être mis en contribution.

Selon eux, cette société peut se développer et devenir même plus compétitive. Tout étant question de la volonté politique et surtout d’un Conseil d’Administration responsable, capable de remettre tout le monde au travail, de soutenir des idées novatrices de développement et surtout un Conseil d’Administration qui s’assume.

Dans l’entretemps, les travailleurs de SOKIMO restent affamés, clochardisés, réduits à leur plus simple expression et menacent de se jeter dans les prochains jours dans les rues de la capitale en guise de protestation contre le Gouvernement pour non-assistance à personnes en danger. S’ils décident d’observer une grève, ce serait la deuxième du genre, en l’espace de 4 mois. Vivra, verra.

Correspondance particulière

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