Moni Della : «Lorsqu’ils parlent de Katumbi, les gens de la MP refusent de raisonner »

Dans une interview accordée à Congo Nouveau, ce membre d’Ensemble pour le changement revient sur les points saillants de l’actualité, notamment le mandat d’arrêt international émis par le gouvernement congolais contre Moïse Katumbi. Interview.

Congo Nouveau : Le gouvernement a annoncé avoir émis un mandat d’arrêt international contre Moïse Katumbi, comment accueillez-vous cette nouvelle ?
Moni Della : C’est un mandat fantaisiste qui ressemble à une pièce de théâtre. Une comédie à faire rire les vaches qui discrédit tout un pays. On a l’impression que les gens de la Majorité, lorsqu’ils parlent de Katumbi, refusent de raisonner. Pour qu’on lance un mandat contre un homme, il doit être un condamné fugitif. Or, Katumbi ne l’est pas. Sa condamnation sur l’affaire immobilière est suspensive du fait d’un appel interjeté. L’affaire ‘’mercenaire’’ est renvoyé à plus tard par la justice. L’affaire nationalité a été démentie par l’administration italienne dans une déclaration solennelle et officielle.
Katumbi est sorti du pays sur base d’un quitus du gouvernement. Il est revenu se livrer à la justice et on lui a refusé l’accès à la frontière. Il y a eu même des contradictions sur les déclarations d’Atundu et de Mende. Donc, il y a aucune raison qui sous-tend la condamnation de Katumbi. Tous ces procès ont été montés de toutes pièces. Il y a à se demander si ce mandat-là est envoyé à un Moïse congolais ou Italien. Est-ce qu’ils ont pesé cela ? Un pays européen ne peut d’ailleurs jamais livrer son ressortissant dans un pays où la justice est manipulée et où on ne respecte pas les droits de l’homme.

A quand la prochaine tentative de rentrer au pays pour Katumbi ?

On attend le verdict Conseil d’Etat. Connaissant la rigueur scientifique du professeur Vunduawe Te Pemako, je ne doute pas un instant qu’il va honorer son rang, son statut et la science. Et il va écrire la plus belle histoire de notre pays.
Vous avez suivi une sommité comme Kengo sur rfi. Lorsque Kengo dans sa triple casquette de juriste chevronné, président du Sénat, homme politique, se prononce pour le retour de Katumbi, décider autrement, c’est, pour Kabila, narguer tout un pays, piétiner le droit. On ne peut pas empêcher un Congolais de rentrer sans son pays. C’est la Constitution qui l’exige.

Thabo Mbeki a été désigné par le président sud-africain envoyé spécial en RDC, mais les autorités congolaises ont refusé cette démarche. Qu’en dites-vous ?
Qui se sent morveux se mouche. Les autorités congolaises se reprochent de plusieurs choses. Elles ont peur que les gens partent se plaindre chez Mbeki. La RSA n’est pas n’importe quel pays. Ce pays a pesé pour l’unité de la RDC. Si, avec des pays comme l’Angola, le RSA se préoccupe de la situation en RDC, c’est parce qu’il y a risque qu’une crise en RDC affecte toute la sous-région.
Mais Kinshasa ne voudrait pas donner l’impression de l’existence d’une crise au pays et voudrait garder sa souveraineté
Il y a tout un processus qu’il faut requalifier à part le fait que Kabila ne se représente pas. Aujourd’hui, il y a un blocage. La, question relative à l’utilisation de la machine à voter n’a pas trouver un consensus. Comme on ne s’accorde pas, il faut un médiateur extérieur.

Les Congolais ne peuvent pas résoudre, seuls, leurs problèmes ?
Malheureusement, non. Kabila ne peut pas être juge et partie. On ne demande pas une faveur pour Katumbi. La Constitution dit clairement, dans son préambule, que l’exclusion et la crise de légitimité ont été à la base des crises récurrentes en RDC. Pourquoi on doit déclasser quelqu’un qui n’est pas condamné ? Katumbi représente une bonne partie de Congolais. Il fait rêver des millions de Congolais. Dès qu’on le met de côté, beaucoup de Congolais peuvent se considérer exclus.

L’exclusion n’est pas une bonne chose. Nous, les partisans de Moïse, n’allons pas accepter cela.
Serez-vous tentés par une opposition armée au cas où vous n’obteniez gain de cause ?

Vous avez vu quelqu’un d’Ensemble parler des armes ? Non. Nous sommes des pacifistes. J’ai toujours dit qu’un peuple qui se met débout est plus dangereux que la bombe atomique. Nous avons arraché une première victoire grâce à des manifestations pacifiques. L’indépendance de la RDC n’était pas acquise avec les armes.
Mobutu aussi disait qu’il n’y aura pas de deuxième parti politique. Quelle a été sa suite ? Kabila vient lâcher du lest parce que le peuple s’est mis débout. On va utiliser la même méthode qui s’avère plus efficace.
La candidature de Jean-Pierre Bemba aussi est menacée d’être rejetée
Au-delà des schémas sémantiques, subornation et corruption, c’est deux concepts totalement différents. L’exclusion de Bemba n’est pas une bonne chose pour la démocratie. Je rêve que tout le monde participe aux élections, à part Kabila.
On connait les joueurs et leur jeu. On n’acceptera pas l’exclusion de Katumbi, de Bemba ou d’un autre opposant. C’est ici l’occasion d’appeler à l’unité des leaders de l’opposition. Nous devons être solidaires. En 1960, nos grands-parents ont refusé de siéger à la Table Ronde tant que Lumumba n’était pas libéré. Le moment est venu pour que les leaders de l’opposition se liguent pour dire non à l’exclusion et à l’emprisonnement injuste de nos amis.
A ce propos, Jean-Claude Mvuemba invite l’opposition à boycotter des élections sans Katumbi
Lors de notre dernière interview, j’ai soutenu la même chose : pas d’élections sans Katumbi. Cela va dans le même sens que Mvuemba.

Au cas où Katumbi était autorisé de rentrer et de postuler, accepteriez-vous la machine à voter ?
Non. Cela ne doit pas être une concession par rapport à la machine à voter. Obtenir le départ de Kabila ne veut pas dire que nous devons céder même à des choses qui ne cadrent pas avec les règles de l’art. C’est une machine à tricher. Tous les pays démocratiques, de l’Afrique comme de l’Europe, et même le pays fabriquant, la Corée du Sud, nous déconseillent ces machines. Accepter la machine à voter, c’est accepter la tricherie, un processus biaisé. On n’aimerait pas qu’on utilise les mêmes propos que le cardinal Monsengwo en 2011 qui avait déclaré que les résultats n’étaient ni conforme à la vérité ni à la justice. Ou en 2006 avec Etsu. C’est notre droit d’avoir un candidat et de demander les bonnes élections.

Dernier mot
Le peuple congolais doit se mobiliser comme un seul homme pour barrer la route à une dictature rampante qui continue. Nous avons gagné une bataille et pas encore la guerre. Nous devons continuer à nous battre. La priorité pour nous d’Ensemble, ce que Katumbi revienne et postule. Après, on va se mettre autour de la table pour une candidature commune ou unique. Parler de la candidature commune aujourd’hui, c’est mettre la charrue avant le bœuf.
Propos recueillis par Katz.

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