Moïse Katumbi : « Je demande à Joseph Kabila de démissionner »

En exil depuis près d’un an, l’ancien gouverneur de la province du Katanga, en RDC, appelle les Congolais à manifester pacifiquement contre le régime. Cela fait près d’un an que Moïse Katumbi n’a pas mis les pieds en République démocratique du Congo (RDC). Il se dit pourtant candidat à l’élection présidentielle qui devrait se tenir fin 2017. Autrefois allié au président Joseph Kabila, le richissime ex-gouverneur de la province du Katanga a rejoint en 2015 le Rassemblement de l’opposition.

Quelques semaines après l’annonce de sa candidature, en mai 2016, il a été condamné à trois ans de prison par la justice congolaise, qui l’accuse d’être impliqué dans une affaire de spoliation immobilière, le rendant ainsi inéligible. Soupçonné d’avoir recruté des mercenaires américains, il est également poursuivi pour atteinte à la sécurité intérieure et extérieure de la RDC.

Depuis, Moïse Katumbi vit entre Paris et Bruxelles. De passage à Bordeaux le 1er avril à l’occasion des Journée nationales des diasporas africaines (JNDA), où il est venu prêcher le retour des diasporas sur le continent, il revient sur son exil forcé et sur ses ambitions politiques, intactes. Entretien.

Vous avez clairement réaffirmé votre volonté de vous présenter à l’élection présidentielle. La condamnation ne vous rend-elle pas inéligible ?

Moïse Katumbi Je ne suis pas inéligible. Je suis et je reste candidat à l’élection présidentielle. Cette condamnation est une manipulation du pouvoir en place. Les dossiers sont mal montés, ils manquent de preuves. Je suis allé voir la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme [FIDH] afin de dénoncer cette condamnation injuste. Heureusement, il y a une commission d’enquête ouverte par la Commission épiscopale nationale du Congo [Cenco, qui a mis un terme à sa médiation politique fin mars]. Les évêques qui enquêtent sur mon cas sont venus en Europe. J’attends que justice soit rendue.

Lorsque vous avez quitté la RDC, le 20 mai 2016, était-ce pour échapper à cette condamnation ?

Je suis parti car le gouvernement m’a autorisé à me faire soigner à l’étranger après mon agression par deux policiers cagoulés. Je n’étais pas au courant de ma condamnation. Ce n’est qu’un mois plus tard, alors que j’étais aux Etats-Unis, que j’ai eu la nouvelle du jugement. Je l’ai appris par hasard en ouvrant le journal Le Monde. J’y ai lu l’interview de la juge Chantale Ramazani Wazur [aujourd’hui réfugiée en France]. Vous voyez, elle-même l’a avoué : elle a été contrainte de me faire condamner à la suite de pressions exercées par le pouvoir. Chez nous, la justice est instrumentalisée par le politique.

Comment vivez-vous votre exil ?

Mon pays me manque beaucoup. J’ai besoin de rentrer chez moi. Et je suis triste de voir ce qui se passe en ce moment. Mais je ne peux pas y retourner pour l’instant, car je me sens en danger en RDC. En Europe, je suis en sécurité. Et je continue à travailler pour mon pays à partir d’ici.

Dans une déclaration relayée sur votre compte Twitter le 30 mars, vous avez appelé les Congolais à manifester pour la première fois depuis la fin des négociations [un appel renouvelé le dimanche 9 avril]. Pourquoi cette offensive ?

Avant, nous n’appelions pas les Congolais à manifester, car le président Kabila avait une légitimité. Or il n’a pas appliqué l’accord de la Saint-Sylvestre [l’accord de cogestion du pays jusqu’à l’organisation des élections, signé fin 2016]. Aujourd’hui, il n’a plus de légitimité. Il refuse d’aller aux élections fin 2017 et de quitter le pouvoir. Le sabordage de l’accord risque de plonger notre pays dans le chaos. Joseph Kabila a déjà épuisé ses deux mandats. Il n’est plus le président de la République. Je lui demande de démissionner.

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