L’inéligibilité et ses risques

C’est la question qui alimente le débat en ce moment où la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a ouvert ses portes jusqu’au 8 août prochain pour la réception et le traitement des candidatures à la présidentielle et aux législatives nationales : tel est inéligible, tel autre aussi l’est. Joseph Kabila, Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi sont au cœur de ce débat.

La situation de Joseph Kabila ne souffre d’aucune ambigüité. La Constitution actuelle précise clairement que le mandat présidentiel est renouvelable une seule fois. 2006 puis 2011 ! L’autorité morale du FCC a accompli deux mandats successifs. Le silence de l’intéressé sur son avenir politique et les déclarations de certains de ses partisans qui essaient tant bien que mal à trouver une raison de son éligibilité maintiennent le doute sur les vraies intentions du Raïs. Mais, une fuite de Kingakati fait état de la demande de Joseph Kabila aux différentes composantes du FCC de proposer une liste des prétendants dauphins.

Acquitté par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, Jean-Pierre Bemba, après dix ans d’incarcération, rentre au pays ce 1er août avec la ferme conviction qu’il est sain pour briguer la Magistrature suprême. Mais vite, ses détracteurs lui rappellent qu’il est condamné définitivement par la même CPI pour « subornation des témoins ». Un fait de corruption qui n’est pas sans rappeler l’article 10 de la loi électorale qui détermine les conditions d’inéligibilité. La Majorité présidentielle, par le biais de son porte-parole, André-Alain Atundu, n’a pas hésité à convoquer la presse pour rappeler cette disqualification de Bemba.

Et enfin Moïse Katumbi. L’homme ne compte plus ses démêlés avec la justice congolaise depuis qu’il a quitté, en 2015, le PPRD. Condamnation dans une affaire immobilière par-ci, poursuite judiciaire pour recrutement des mercenaires par-là, il est en plus accusé de détenir la nationalité italienne. Mais selon son avocat, Katumbi n’a jamais détenu de nationalité italienne, sa condamnation pour stellionat  est en appel (donc suspensif) et le dossier « mercenaires » a été reporté par la Cour de cassation. D’où, l’ancien gouverneur du Katanga, qui annonce enfin son retour avant le 8 août, se voit éligible.

Trois personnes, trois dossiers sensibles à gérer dans les prochains jours avec délicatesse. La CENI et la Cour constitutionnelle ont devant elles un test grandeur-nature pour sauver la démocratie congolaise et conserver la paix.

CN 

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