Kabila-Katumbi : des tirs croisés

A six mois de la tenue de l’élection présidentielle – prévue au mois de décembre 2017 par l’Accord politique conclu le 31 décembre 2016 entre les délégués de la Majorité Présidentielle et ceux du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement (Rassop) – la guerre des déclarations semble s’intensifier entre Moïse Katumbi et le chef de l’Etat, Joseph Kabila.

Très liés depuis 2006, les deux hommes se sont brouillés vers fin 2015 lorsque, rentrant des soins médicaux en Angleterre, Moïse Katumbi, ancien gouverneur de l’ex-province du Katanga parlera « d’un troisième penalty » que la population congolaise n’accepterait pas. En fait, le président de l’Interfédérale PPRD/Katanga de l’époque faisait allusion au 3ème mandat présidentiel que voudrait briguer Joseph Kabila, bien qu’interdit par la Constitution.
Va alors commencer une vraie « guerre » politique entre les deux anciens alliés. Moïse Katumbi va démissionner de ses fonctions de Gouverneur de province et du PPRD, le parti présidentiel. Ensuite, il va se déclarer candidat à la prochaine élection présidentielle ; avant d’être condamné pour trois ans par le Parquet de Lubumbashi pour une affaire d’une maison qu’il aurait spoliée. Depuis, Moïse Katumbi vit en exil en Europe depuis une année.
A l’issue des discussions directes conduites par la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), les Evêques catholiques avaient, dans un rapport rendu public il y a quelques semaines, relevé que la condamnation de l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga revêt un caractère politique et que son dossier est vide. Pour eux,  Moïse Katumbi devrait retourner libre dans son pays.

JKK attaque…
Jusque-là, ce sont les lieutenants de Joseph Kabila qui répondaient à Moïse Katumbi. Parmi ceux-ci, Lambert Mende, ministre de l’Information et porte-parole du Gouvernement. Ce dernier ne rate aucune occasion pour « tirer » sur celui qui, il y a deux ans, était le chouchou du camp présidentiel. Moïse Katumbi a même été traité de « voleur » ou d’ « illettré » pour certains cadres de la Majorité présidentielle.
Dans une interview accordée au journal allemand Der Spiegel, Joseph Kabila est largement revenu sur le cas Katumbi. « Je ne veux pas parler des individus. L’une des raisons pour lesquelles un certain nombre de personnes ont décidé d’entrer dans l’Opposition était les réformes que nous avons menées, a dit Joseph Kabila aux journalistes allemands. Le Katanga, par exemple, est plus grand que l’Allemagne. Nous avons dû le subdiviser, ce qui est constitutionnel, nous devons respecter la loi ».
Sans trop réfléchir, on peut deviner que le chef de l’Etat congolais s’adresse à Moïse Katumbi qui passe aujourd’hui comme son principal opposant. Quant à sa condamnation et à la position de la CENCO sur cette affaire, Joseph Kabila s’est montré tranchant : « Ce n’est pas à moi de dire si c’est vrai ou faux. C’est au système judicaire. Etre Evêque catholique ne signifie pas que vous êtes un saint. Je n’ai pas demandé aux Evêques de remplacer le système de justice dans ce pays. Il n’y a pas de procès entre le gouvernement et Moïse Katumbi en tant qu’individu. Il doit s’adresser à la justice dans ce pays ».
Moïse Katumbi était-il le pire cauchemar pour le chef de l’Etat congolais. Réponse de Joseph Kabila : « Je n’ai pas de cauchemar ». Et Joseph Kabila de mettre le président du TP Mazembe en garde : «Si vous pensez que quelqu’un est au-dessus de la loi parce qu’il a 1 ou 2 millions de personnes qui le suivent, nous ne serions pas un Etat de droit ».

… MKC réplique
L’interview de Joseph Kabila a été rendue publique le samedi. Mais, trois jours avant, Moïse Katumbi portait plainte contre le pouvoir de Kinshasa auprès du Haut-Commissariat des droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies en Suisse. Lors de la conférence de presse tenue le même jour, l’opposant congolais avait lâché cette phrase : « (…) Vous avez dit que le président Joseph Kabila ne respecte rien, là c’est son problème. Moi, je suis un homme d’avenir. Nous devons voir l’avenir ». Et d’ajouter : « Je veux que Joseph Kabila puisse voir comment je vais développer la République Démocratique du Congo ».
Dans l’opinion, d’aucuns se demandent jusqu’où iront les deux personnalités dans cette escalade verbale.

CN

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