Félix Tshisekedi vulgarise son plan de transition sans Kabila

Le président du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement a rappelé, mardi 25 décembre, à l’assistance scientifique de l’Université John Hopkins de Washington, la déclaration signée conjointement avec notamment Moïse Katumbi, le 18 septembre à New York, et destinée aux représentants des peuples réunis au sein de l’Assemblée générale de l’ONU.

Cette déclaration réclame le départ de Joseph Kabila le 31 décembre et la mise en place d’une courte transition sans l’actuel chef de l’Etat. Pour Félix Tshisekedi, il ne faut donc pas se leurrer : « les élections démocratiques, libres, transparentes et paisibles ne sont pas possibles ni avec Mr Kabila, ni avec la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) dans sa configuration actuelle ». Mais avec des personnalités éminentes consensuelles à choisir.

 Tshisekedi fils prévient également contre un calendrier électoral qui ne respectera pas l’Accord de la Saint-Sylvestre et toute tentative de convocation d’un référendum qui pourrait permettre à Joseph Kabila de rempiler.

 « Notre peuple reste attaché à sa Constitution et rejettera par tous les moyens pacifiques tout projet de calendrier électoral qui ne serait pas conforme à l’Accord du 31 décembre 2016, et tout projet de référendum constitutionnel tendant à déverrouiller les dispositions intangibles de la Constitution relatives au nombre et à la durée du mandat du Président de la République à travers l’inféodation de la Cour constitutionnelle »,  peut-on lire dans son adresse dont voici l’intégralité :

 

L’IMPASSE POLITIQUE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO : QUELLE VOIE DE SORTIE ?

par l’Honorable FELIX ANTOINE TSHISEKEDI,

Président du Rassemblement des Forces Politiques et Sociales

Le 25 Septembre 2017

SCHOOL OF ADVANCED INTERNATIONAL STUDIES

JOHN HOPKINS UNIVERSITY

WASHINGTON D.C.

USA

Mesdames et Messieurs les Professeurs,

Distingués Membres du Corps Académique,

Distingués Etudiants et Invités,

Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un honneur et un réel plaisir de me retrouver avec vous ce jour dans ce cadre prestigieux de l’Ecole de Hautes Etudes en Relations Internationales de l’Université John Hopkins à Washington DC.

En effet, après avoir parcouru la liste des illustres personnalités ayant déjà défilé sur cette tribune, notamment des Chefs d’Etat, des Membres de Gouvernement, des Diplomates ainsi que tous les autres leaders du monde y compris notre feu Président Dr. Etienne Tshisekedi Wa Mulumba d’heureuse mémoire et qui nous a quittés pendant que la Nation Congolaise avait encore besoin de lui, je suis honoré de partager avec vous mon analyse et ma vision sur les enjeux du moment et la crise politique que traverse mon pays, la République démocratique du Congo.

Je voudrais avant toute chose exprimer ma gratitude à toute l’équipe de l’Ecole des Hautes Etudes en Relations Internationales de l’Université John Hopkins, plus particulièrement le Professeur Peter Lewis, Doyen de l’Ecole, le Professeur Paul Lubeck, Directeur du programme des Etudes Africaines, et Madame Allison Janos, Coordinatrice Académique du programme d’études Afrique et Moyen-Orient ainsi que Monsieur Mvemba Dizolele, Chargé d’Enseignement, qui n’ont ménagé aucun effort pour rendre possible cet évènement. Merci pour votre disponibilité et pour l’honneur qui m’est réservé ce jour.

En guise d’introduction, il sied de souligner que ma présentation s’articule autour de 4 points majeurs :

  1. Une brève présentation de la République démocratique du Congo en chiffres
  2. Un pays à la croisée des chemins
  3. L’impasse politique actuelle
  4. Notre feuille de route pour la tenue d’élections libres et apaisées

Mesdames et Messieurs,

Distingués Invités,

Ma présence devant ce parterre d’experts et d’étudiants que vous représentez est également une opportunité pour échanger, écouter vos réflexions, vos analyses, vos critiques, vos conseils et pourquoi pas vos recommandations quant aux voies et moyens de sortir de l’impasse politique actuelle en RDC.

C’est pourquoi je vous rassure également de ma disponibilité à vous écouter et à répondre aux éventuelles questions qui vous demeureraient à l’issue de mon intervention.

  1. LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO EN CHIFFRES

 Avec une superficie de 2.345.410 km2, la RDC est le pays le plus vaste de l’Afrique Subsaharienne ; située en Afrique centrale, elle partage ses frontières avec 9 pays ; elle représente à elle seule presque la superficie de l’Union Européenne ;

 Elle compte une population d’environ 80 millions d’habitants, dont près de 46% ont moins de 15 ans; trois pays seulement en Afrique sont plus peuplés : Le Nigeria, l’Ethiopie et l’Egypte ; avec un taux de croissance démographique annuelle de 2.8%, la RDC deviendra le 11ème pays le plus peuplé du monde à l’horizon 2050 ;

 Le pays est reconnu pour l’importance de ses ressources minières, plus de 1.100 espèces de ressources minérales dont les plus en vue sont le cuivre, le cobalt avec 47% de réserves mondiales, le zinc, l’or, le diamant, l’uranium, le pétrole, le coltan (colombo-tantalite) si demandé par les constructeurs d’appareils électroniques modernes et dont 70% de réserves mondiales se retrouvent en RDC ;La RDC a un potentiel hydroélectrique de 100.000 Mégawatts qui pourraient alimenter tout le continent Africain ; elle n’exploite à ce jour que 2.400 Mégawatts de ce potentiel ;

La forêt tropicale du Bassin du Congo est un réservoir unique de biodiversité. Elle constitue la deuxième plus vaste réserve de la forêt tropicale de la planète après l’Amazonie. Elle joue également un rôle vital dans le contrôle du changement climatique. En République démocratique du Congo (RDC), la forêt couvre 60% du territoire et stocke plus de 8 pour cent du carbone mondial, ce qui en fait le quatrième plus grand réservoir de carbone forestier du monde ;

Le pays regorge de 80 millions d’hectares des terres arables dont à peine 10% sont exploitées à ce jour ; 52% des ressources en eaux douces de l’Afrique Subsaharienne se retrouvent également en RDC, avec un climat tropical propice aux activités agricoles et halieutiques pendant toute l’année. Devant ce tableau plutôt positif que je viens de peindre, vous serez surpris d’apprendre que, malgré toutes ces richesses dont le pays est doté, la population ne tire guère profit de cette manne du fait des défaillances de gouvernance et d’un système qui inhibe son propre développement.C’est ainsi que le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) place la RDC dans la 176eme position sur un total de 188 pays dans son indice de développement humain, avec un revenu par habitant parmi les plus faibles du monde – en avant dernière position.

L’Indice de Perception de la Corruption mesuré par Transparency International place la RDC, avec un indice de 22, à la 39eme position sur le 46 pays Africains répertoriés, la moyenne de l’Afrique Subsaharienne étant de 33.

La corruption a atteint des proportions telles que le Trésor Public enregistre des pertes qui rendent difficiles le devoir du Gouvernement vis-à-vis des citoyens en matières de santé, d’éducation et de création d’emplois. C’est un cercle privé d’amis de M. Kabila qui tire exclusivement profit des ressources du pays et les systèmes de contrôle mis en place sont rendus inefficaces ou font l’objet d’intimidations sans compter les verdicts de justice qui ne connaissent guère un début d’exécution.

Dans son plus récent Rapport «Doing Business» sur le climat des Affaires, la Banque Mondiale place la RDC en 186eme position sur 190 pays couverts. Point n’est besoin de rappeler que dans un système qui se dit démocratique, les tares de restrictions de liberté, l’absence de contrôle et de contrepoids effectifs, la corruption, le désordre entretenu, la terreur, le pillage des ressources ne peuvent qu’enfreindre la trajectoire du développement du pays.

Apres cette brève présentation de la RDC en chiffres, je voudrais à présent expliquer pourquoi le pays se trouve à la croisée des chemins.

  1. UN PAYS A LA CROISEE DES CHEMINS

Il sied de rappeler que monsieur Joseph Kabila est au pouvoir depuis Janvier 2001, soit plus de 16 ans, équivalents à quatre mandats de Président américain. Pourtant, c’est à la suite d’une crise politique résultant d’un conflit qui avait drainé plusieurs pays de la région qu’un compromis politique avait été négocié en 2003 pour mettre fin à la guerre qui a causé plus de 5 millions de morts.

Une Constitution a été alors préparée et soumise au referendum le 18 et 19 Décembre 2005. La population l’a adoptée à plus de 72%. Elle a été par la suite promulguée par Monsieur Kabila le 18 Février 2006.

Au terme de cette Constitution, le mandat du Président de la République est de 5 ans et renouvelable une seule fois, comme ici aux Etats Unis. Cette disposition est par ailleurs verrouillée dans la Constitution et ne peut faire l’objet d’une révision.

Le pays a par la suite organisé des élections en 2006 et Monsieur Kabila a ainsi débuté son premier mandat de 5 ans. A l’issue d’élections organisées au terme de ce mandat et entachées de plusieurs irrégularités, Monsieur Kabila s’est arrogé un second et dernier mandat en 2011. Ce mandat a expiré le 19 Décembre 2016.

Défiant le Peuple congolais et la Communauté Internationale, Monsieur Joseph KABILA a fait usage de plusieurs subterfuges pour que les élections censées consacrer la fin de ses deux mandats et qui devaient se tenir en 2016 ne puissent avoir lieu, évoquant tantôt le manque de ressources pour son organisation – soit plus d’un milliard et demi de dollars, tantôt le préalable d’un recensement de la population ou encore comme le 18 Septembre dernier – dans une tribune publiée sur le journal The Hill à Washington DC – par la plume de son Envoyé Spécial aux Etats Unis, la recherche de la perfection pour réussir ces élections cruciales. – 6 –

Sur terrain, on note que des bonnes volontés – que ce soit au niveau de la Communauté Internationale que nous remercions ou au niveau interne, tels que les bons offices offerts par la Conférence Episcopale Nationale du Congo dont les évêques ont assuré la médiation de l’Accord dit de la Saint Sylvestre – qui se sont offertes pour une sortie de crise ont vu leur démarche travestie ou tournée en avantage politicien nocif.

Tout est cependant mis en œuvre par Monsieur Joseph Kabila pour créer et entretenir notamment l’insécurité en vue de justifier le blocage du processus démocratique.

Il est aujourd’hui regrettable de noter que tout effort qui concourt à asseoir une démarche constructive pour placer ce pays sur l’orbite de la paix, de la stabilité et du développement durable au profit de tous est systématiquement torpillé par Monsieur Joseph Kabila.

  1. 3. L’IMPASSE POLITIQUE ACTUELLE

Le 31 décembre 2016, sous la médiation de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) de l’Eglise Catholique, un Accord politique global et inclusif– appelé Accord de la Saint Sylvestre a été conclu par la classe politique congolaise afin d’éviter le chaos qui aurait pu résulter d’une contestation des institutions de la République.

Au terme dudit Accord, un consensus était dégagé entre les parties prenantes pour une gestion partagée et équilibrée du processus devant conduire à l’organisation des élections.

A cet effet, un délai supplémentaire de 12 mois était accordé à Monsieur Kabila dont le deuxième et dernier mandat avait expiré le 19 Décembre 2016.

L’Accord stipule en outre que l’Opposition politique portée par le Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au changement désignera le Premier Ministre appelé à diriger le Gouvernement.

Appuyé par la Résolution 2348 du Conseil de Sécurité du 31 Mars de cette année, cet Accord a rencontré l’assentiment de la population Congolaise et de la Communauté Internationale.

En dépit de différentes résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU renforçant le processus, malgré l’insistance de la communauté – 7 –

 

internationale à obtenir sans délai l’application dudit Accord, Mr Joseph KABILA, à qui l’on a accordé la chance d’une sortie honorable, n’a appliqué aucune de ses dispositions ; bien au contraire, il s’est livré à une application fallacieuse de cet accord.

D’où l’impasse dans laquelle nous nous retrouvons.

Mesdames et Messieurs,

Distingués Invités,

On en arrive ainsi à se poser la question suivante :

QUELLE EST LA FEUILLE DE ROUTE CREDIBLE POUR EVITER A LA RDC DE SOMBRER DANS LE CHAOS AVEC DES REPERCUSSSIONS AUX CONSEQUENCES IMPREVISIBLES DANS LA SOUS-REGION ET AU DELA ?

Dans sa politique de la terre brulée, Kabila cherche constamment à persuader l’opinion publique qu’il est le seul maitre du jeu.

En ma qualité de Président du Rassemblement des forces acquises au Changement, je peux vous rassurer que Kabila est le problème et non la solution.

  1. NOTRE FEUILLE DE ROUTE POUR UNE SORTIE DE CRISE

Depuis quelques temps Monsieur Joseph Kabila et ses partisans, y compris la Commission Electorale Nationale Indépendante, qui a totalement perdu de son indépendance, distillent divers signaux pour mettre en doute l’organisation des élections présidentielles et législatives à l’échéance convenue du 31 Décembre 2017 et tentent d’accréditer la thèse d’un report additionnel des échéances électorales.

Seule l’alternance politique par voie des élections libres, transparentes et crédibles peut garantir la paix et la stabilité auxquels les Congolais aspirent. C’est cet élément de légitimité et de confiance qui permet de créer un climat propice aux investissements. – 8 –

 

C’est pourquoi j’ai, en compagnie de quelques leaders politiques dont Monsieur Moise Katumbi et ceux de mouvements citoyens, signé à New York le 18 septembre dernier, une déclaration politique à l’intention des représentants des peuples réunis au sein de l’Assemblée générale de l’ONU, – qui rappelle par ailleurs les points saillants de la feuille de route du Rassemblement et du Manifeste du Citoyen élaboré par la Société Civile Congolaise dans les termes suivants :

  1. Par sa responsabilité dans le non-respect de la Constitution et sa mauvaise foi dans la mise en oeuvre de l’Accord du 31 décembre 2016 en vue de se maintenir coûte que coûte au pouvoir, Mr Joseph Kabila s’est disqualifié en tant que Président de la République et cesse d’être un interlocuteur valable et crédible.
  2. Pour prévenir le vide juridique et le chaos qui se profilent à l’horizon devant la perspective de la non-tenue des élections le 31 décembre 2017 au plus tard, nous exigeons une période intérimaire sans Mr Joseph Kabila, désormais illégal et illégitime. Cette période devra être conduite par des personnalités éminentes consensuelles chargées de préparer les élections démocratiques, libres, transparentes et paisibles qui ne sont pas possibles ni avec Mr Kabila, ni avec la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) dans sa configuration actuelle.
  3. Notre peuple reste attaché à sa Constitution et rejettera par tous les moyens pacifiques tout projet de calendrier électoral qui ne serait pas conforme à l’Accord du 31 décembre 2016, et tout projet de référendum constitutionnel tendant à déverrouiller les dispositions intangibles de la Constitution relatives au nombre et à la durée du mandat du Président de la République à travers l’inféodation de la Cour constitutionnelle. Car, le peuple congolais comme tous les autres peuples du monde a un droit inaliénable à la démocratie, au développement et à la paix. L’article 64 de notre Constitution impose à tout Congolais le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la Constitution.
  4. Tout en les remerciant pour leurs efforts, notamment à travers la Résolution 2348 du 31 Mars 2017, nous demandons aux membres de la communauté internationale, spécialement à ceux du Conseil de Sécurité qui portent la principale responsabilité dans le maintien et la sauvegarde de la paix et de la sécurité internationales, de s’assumer pleinement au – 9 –

 

regard de la détérioration constante de la situation en République démocratique du Congo, en vertu des pouvoirs que leur confère le Chapitre VII de la Charte de l’ONU.

Mesdames et Messieurs les Professeurs,

Distingués Membres du Corps Académique,

Distingués Etudiants et Invités,

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie de l’attention que vous m’avez accordée. Je me tiens à votre disposition pour écouter vos avis et répondre aux questions.

 

Washington DC, le 25 Septembre 2017

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