La « communication autistique » à la base des accidents aériens en RDC Thèse : un Congolais brille à la Sorbonne

Michel Itabu Issa Sadiki rentre au pays avec le titre de Docteur en sociologie après avoir défendu avec brio sa thèse portant sur « la communication autistique au sein du collectif sécuritaire de l’aéronautique civile congolaise ». Une mine d’informations mise à la disposition des Congolais en vue de leur permettre de juguler, dans une approche communicationnelle, socio-anthropologique et comportementale, des accidents à répétition dans leur espace aérien.
« Le jury délibère ensuite, en l’absence du Directeur de thèse, et unanime reconnait la grande qualité de cette thèse qui, si la mention existait encore, aurait reçu la meilleure. Il accorde en conséquence en le félicitant le titre de Docteur de l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne à M. Michel Itabu ». Telle est la sentence du jury, tombée le 10 mars 2017, au terme de la soutenance de la thèse du Congolais Michel Itabu Issa Sadiki. Ce dernier s’est penché sur la cause des accidents et incidents aériens enregistrés dans l’espace aérien congolais. L’auteur, qui a bénéficié de l’encadrement de Gérard Dubey, a réussi à convaincre un jury composé d’éminents professeurs très connus  mondialement dans le domaine de la sociologie : Alain Gras (disciple du célèbre Raymond Aron et Georges Baladier), Dominique Mweze Nkingi (professeur en communication et philosophie) et Pierre Bouvier (professeur émérite en sociologie). A eux s’étaient ajoutés Bernad Cahier et Jean-Michel Bidot, deux experts aéronautiques.
Circonscrivant son travail autour des questions communicationnelles, socio-anthropologiques, comportementales… Michel Itabu a conclu que, entre 1990 et 2011, l’avalanche d’incidents aériens en RDC (195 accidents et 15 catastrophes), est consécutive à la « communication autistique ».  Par « communication autistique », le récipiendaire fait référence  à la « normalisation de l’anormal, des dysfonctionnements, des déviances, des transgressions, normatives, donc de ‘’l’anormal normalisé’’ ou à un échange ou une communication procédant par les écarts aux normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) dans un domaine très réglementé et très normalisé ».
L’auteur a rappelé que la République démocratique du Congolais fut l’un des meilleurs modèles de l’exploitation aéronautique en Afrique pendant la colonisation et plus d’une vingtaine d’années après l’indépendance. Mais cet élan, regrette-t-il, a été brisé autour des années 1980 jusqu’à ce jour.  « Deux années auparavant, soit en 1978, les autorités congolaises avaient libéralisé le secteur aérien sans aucune mesure d’encadrement. L’une des conséquences est qu’aujourd’hui le pays est classé parmi les plus dangereux du monde sur le plan aéronautique. Le taux élevé ‘’d’incidentologénité et d’accidentogénité’’ de la République démocratique du Congo l’a fait passer pour l’éternelle lanterne rouge et contribue à sa figuration sur toutes les listes noires de l’Union européenne », explique l’auteur.

PISTES DE SOLUTION
Michel Itabu ne se limite pas à ce seul constat amer. Il propose des pistes de solution. A l’instar de la « théorie systémique du collectif sécuritaire de l’aéronautique civile ». Ce qui devrait s’exprimer par une forte « contrainte intérieure et inter-organisationnelle » des structures de l’aviation civile internationale, par l’imposition de la coopération et des interactions humaines en vue du maintien de l’intégrité de l’ensemble du collectif sécuritaire et de différents maillons de ses structures et organisations.
Michel Itabu formule ainsi des recommandations à l’attention du gouvernement, des compagnies aériennes, de la RVA, de la Metelsat, des APC, de l’ACC/RDC, des pilotes et du CPTA.
Le gouvernement congolais doit, par exemple, créer un environnement qui favorise la sécurité aérienne, la concurrence « sous contrôle » dans le secteur. L’APC devrait combattre toute forme d’«entropie» dans le système aéronautique. Quant à la RVA, elle doit s’investir dans la traduction dans les faits des missions lui assignés en adaptant les aéroports congolais à l’évolution du trafic. La Metelsat devrait se doter du matériel météo de technologie de pointe.  Michel Itabu est un produit de l’ISTI (16e promotion), l’actuel Ifasic. C’est là qu’il a obtenu son DEA en 2009. Un diplôme qui lui a ouvert les portes de Panthéon Sorbonne. Sa thèse est rangée en bonne place dans les rayons de cette prestigieuse université. Désormais, le pays peut compter sur un nouveau docteur en sociologie.

Katz.

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